Au lendemain d'un succès très attendu pour sa première sur le banc nantais, Jean-Marc Furlan est revenu sur ses choix stratégiques et tactiques. L'entraîneur se dit rassuré par les valeurs montrées par son groupe. La base est bien là pour aller plus loin.
Sans être une garantie, ce premier succès peut-il constituer un tremplin ?
Jean-Marc Furlan : Oui. Mais ce n'est pas une garantie. Avec la victoire à trois points, le championnat se joue souvent dans les quatre ou cinq dernières journées. Mais cette victoire fait du bien ! Ce qui m'a fait venir au FC Nantes, c'est le FC Nantes lui-même. Parce que ce que j'avais vu sur le terrain sur les cinq derniers matches que j'avais regardé, ça me faisait un peu peur. Je l'ai dit franchement aux joueurs. Et je peux les féliciter d'autant plus. Ce sont des pros qui ont des qualités.
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our autant, le chantier reste-t-il entier ?
Jean-Marc Furlan : Les joueurs ont aussi prouvé que c'est la magie du football. Tout va très vite, dans le football. Et dans les deux sens. C'est pour ça que ça plaît au public. On a passé trois jours de discussions, de démonstrations au tableau noir, d'exercices tactiques en expliquant à chacun ce que j'attendais de lui de manière très précise... Mais il y avait un déficit de confiance hallucinant. Je l'ai vu lors des 25 premières minutes. Ce qui a fait la différence, c'est leur capacité à étouffer le jeu de l'adversaire dans le jeu sans ballon. Ils ont très bien su s'adapter en étouffant l'adversaire par le pressing défensif, plus que par le jeu avec ballon où c'était un peu plus compliqué. Mais en spectateur, ça me semble très différent de ce que j'avais vu en vidéo.
Une victoire comme base de travail ?
Jean-Marc Furlan : Sur les bases humaines. On travaille toujours sur des valeurs mentales, humaines. L'engagement, le don de soi, de courses... Si on n'a pas ça, on ne peut pas faire de sport de haut niveau, d'autant plus de football qui est le sport collectif le plus individuel. N'importe quel type peut jouer sur votre dos et faire une belle carrière, en étant plébiscité par les médias. Il faut être très vigilant pour que tout le monde ait de bonnes valeurs humaines.
"Montrer qu'on est content de jouer au football"
Ce sont les repères que vous leur avez donné pendant trois jours ?
Jean-Marc Furlan : Pas beaucoup, en fait. Il y en a eu sur le plan du jeu, purement. Défensifs et offensifs. On a bien travaillé tous les mouvements, pour chaque garçon, de ce point de vue. En revanche, sur le plan des objectifs de jeu, c'est trois repères défensifs et offensifs ainsi que sur les valeurs mentales. Même si on rate nos objectifs offensifs et défensifs, on ne doit jamais - et ce sera toujours comme ça - ne pas montrer notre engagement, le don de soi... les valeurs sportives. Montrer aux gens qu'on est content de jouer au football et en particulier pour le FC Nantes. Là , ils n'ont pas failli. Il y a un déficit de confiance et un déficit de physique. Je l'ai dit à mon staff. On doit élever notre niveau physique. Mais le niveau physique s'élèvera avec la confiance, tout simplement.
Personnellement, cette victoire vous a aussi fait du bien...
Jean-Marc Furlan : Oui, parce que j'étais en symbiose totale avec l'ensemble du club à Strasbourg. On a fait un travail très important et on échoue pour un petit but, un petit point. Sans avoir obtenu ce que je voulais à la trêve, j'étais persuadé que nous allions monter. Vous imaginez l'énorme déception. Les trois premiers mois de chômage, ce fût quelque chose de terrible à digérer. Et puis le fait de ne pas avoir pu faire plaisir au public strasbourgeois. Là , une victoire à la Beaujoire ! Elle est ce qu'elle est, devant 12 000 personnes... vous êtes un public exigeant, mais ça reste trois points. Ca fait du bien, au moins à Furlan et c'est déjà bien.
Vous avez fait des choix risqués...
Jean-Marc Furlan : Je savais que je prenais un maximum de risques. Mais c'est mon métier. Si vous me demandez de faire de la banque, je ne vais prendre aucun risque parce que ce n'est pas mon métier. Il se trouve que dans ce métier, plus on vieillit - et si on est tolérant et ouvert aux autres -, on doit pouvoir s'enrichir et progresser.
Ce que j'ai fait à Jean-Claude Darcheville ne fait pas plaisir. Mais on avait un deal. Si je suis joueur, je suis colère. Et il l'était. Mais c'était une question de stratégie et de coaching. Il fallait vraiment que j'envoie deux attaquants autres que Jean-Claude pour fatiguer cet adversaire et permettre à Jean-Claude de faire la différence. Ca s'est passé comme ça, tant mieux. Il l'a très bien compris aussi. Ca permettait aussi d'exposer d'autres joueurs. Il avait pris beaucoup d'engagement et de responsabilité depuis trois mois parce qu'il voulait que l'équipe se redresse. Et vis-à -vis du groupe et du club, ça permettait de le reposer.
"J'ai pris un maximum de risques"
La titularisation de Ténéma N'Diaye est-elle une manière de montrer que les compteurs à zéro ?
Jean-Marc Furlan : Oui. Et c'est le garçon le plus en forme, ou le moins en méforme. C'est un garçon qui a fait cinq prestations avec le FC Nantes et a marqué cinq buts. Ca parle.
Ensuite, c'est vraiment un combattant, quelqu'un qui lutte. J'ai été arrière central, et tout de suite je vois que c'est un casse-pied. Je me suis donc dit que c'est bien pour user la défense d'Arles.
Maintenant je suis embêté. J'ai cinq attaquants et je ne peux pas faire plaisir à tout le monde. Ils sont tous bons.
Papa Malick Ba a semblé très à son aise...
Jean-Marc Furlan : C'est celui qui a été le plus brillant, hier. Il a le plus récupéré de ballons et a totalement compris son rôle de sentinelle devant la défense. Mon souci, c'est que j'ai remarqué à l'entraînement que ces garçons ont très peu l'habitude de jouer avec deux milieux défensifs. C'est pour ça que j'ai mis en place ce système.
Dans le jeu, vous n'avez cependant pas beaucoup utilisé la largeur...
Jean-Marc Furlan : C'est le système qui veut ça. Je leur avais dit que ce système était un entonnoir et que la difficulté qu'ils pouvaient rencontrer dans le jeu offensif était le peu de largeur. Je le leur ai demandé ce matin, mais très peu avait déjà joué dans ce système. C'était encore un challenge très risqué. Mais compte tenu de la qualité des joueurs au milieu du terrain, ça me semblait être la meilleure sécurité.
Après, sur le plan offensif, il faut des latéraux avec beaucoup de force et des jambes, en confiance. Ce qu'a fait Rémi Maréval en fin de match. Mais j'ai vu des équipes de stars, après cinq défaites, être complètement nulles. Pour avoir de la largeur, il faut des latéraux. Et ils ont besoin d'être en confiance. Ce qu'a fait Rémi à la fin. C'est le piège de ce système. Mais ça me semble être le système idéal à l'extérieur.
Par Propos recueillis par F.C. - Photos fcnantes.com














