Bud à la retraite, la fin d'une histoire

Nantes, le 7 octobre 2005. A 65 ans, Robert Budzynski part en retraite. C'est une page de 42 ans qui se tourne pour le directeur sportif des Canaris et pour le FC Nantes. De sa carrière de joueur à la création du poste de manager général à l'anglaise, Bud se souvient. Du bon et du moins bon.

Robert Budzynski compte onze capes avec l'équipe de France
Robert Budzynski compte onze capes
avec l'équipe de France
es cartons sont posés au pied des armoires, les souvenirs sont, plus frais que jamais, prêts à être emballés... "Il faudra que je revienne demain matin, je n'aurai pas le temps de tout finir aujourd'hui." Robert Budzynski, à 65 ans, prend sa retraite et quitte un bureau qu'il a occupé pendant trente-cinq ans. Forcément, les choses s'entassent. Trente-cinq ans à bâtir un club qui présente l'un des plus beaux palmarès du football français. "Attention, je n'ai pas été le seul, rectifie celui qui entra dans la Maison Jaune comme joueur. C'était en 1963. J'ai participé, j'ai été l'un de ceux. Les idées de base étaient très simples." Il n'empêche qu'il fût le fil conducteur, celui qui fût de toutes les victoires mais aussi de toutes les tempêtes, celui qui transmettra aux générations successives de Canaris l'esprit et les valeurs du Jeu à la Nantaise. "Dans l'esprit, je reste avec Serge (Ndlr : Le Dizet) et avec les joueurs. Mon coeur sportif restera à Nantes."
Forcément tourner une page de quarante-deux ans, ça ressemble à un tremblement de terre. "Passés les trois ou quatre jours après la décision, j'ai repris mon chemin. Mais nous sommes maintenant dans la dernière ligne droite et ce sont maintenant les larmes de tout l'entourage qui me bousculent. Je comprends ces gens avec qui j'ai traversé tant de tempêtes..." Son avenir, il ne l'a pas encore écrit, même si les propositions s'amoncellent. "Le plus dur, c'est de se dire que j'ai 65 ans. Dans ma tête, j'ai déjà tourné la page. Je vais maintenant étudier les propositions qu'on me fait, mais je dois aussi en discuter avec ma famille." Robert Budzynski mettra-t-il un terme à sa carrière ou gardera-t-il un pied dans le métier ? Lui-même ne semble pas le savoir. Pour autant, ce pionnier du poste de directeur sportif ne veut pas garder de mauvais sentiments. "Ca a été difficile au moment de prendre la décision, confie-t-il. Il y a eu un peu d'amertume car je ne pensais pas terminer comme ça. Mais encore une fois, je n'oublie pas que j'ai eu l'extrême chance de vivre ma passion et de vivre la mise en place de ce Club extraordinaire."

"Ils vendaient
le football !"
Au moment de faire le bilan, il y a forcément les coups durs, comme cette carrière de joueur brisée par cette double fracture du tibia-péroné en 1970, ou encore d'avoir manqué le doublé championnat - Coupe de France. Mais il y a aussi et surtout les bons souvenirs. Ce match perdu avec l'équipe de France face à l'Angleterre, à Wembley - "Dans un stade de 120 000 personnes, nous avons perdu le match après l'hymne national anglais, se rappelle-t-il. Nous avions des frissons tellement le public était derrière son équipe. C'est là que j'ai pris conscience de ce que pouvait faire le football" -, la première victoire en Coupe de France - "Pendant quelques heures, j'étais comme dans un état second, relate-t-il. J'étais avec les gens sans y être. Vers cinq ou six heures du matin, c'est là que j'ai réalisé !" - ou encore les débuts de ce qui deviendra le FC Nantes. "Avec Fonteneau, on s'est battu pour avoir nos propres terrains, notre centre... Je me rappelle du temps où, Parc de Procès, il fallait faire le feu pour prendre la douche..."

Robert Budzynski évolua sept saisons sous le maillot jaune des Canaris
Robert Budzynski évolua sept saisons
sous le maillot jaune des Canaris
Sa carrière de footballeur terminé, Louis Fonteneau qui dirige alors le FC Nantes lui propose, sur son lit d'hôpital, de devenir manager général, "à l'anglaise". "Arriver dans le club où j'avais joué et faire partie de ceux qui ont fait que ce club est en première division, c'est énorme ! Ce palmarès, les matches européens..." Et il y a de quoi être fier ! "Le premier club français à franchir le pas du professionnalisme, ce fût Saint-Etienne, se remémore Bud. A Nantes, c'était en gestation." Bombardé directeur sportif, Robert Budzynski participera à la réussite du football à Nantes. Et tous de se souvenir des grands succès - Burruchaga, Halilhodzic, Bargas, Marcos et tant d'autres - et des échecs. Mais le Polonais d'origine retient surtout la venue de Jean-Claude Darmon. "J'avais pas mal voyagé avant de prendre le poste. En Angleterre, je suis passé à Tottenham et là, j'ai été surpris de voir qu'ils avaient une cellule qui vendait le football ! De retour, ma première grande recrue fût Jean-Claude Darmon. Avec monsieur Ichoua, nous étions dans le restaurant d'un ami, à Paris. C'est là que la rencontre eut lieu. Il a fallu deux ans pour trouver the right man at the right place."

"Une histoire d'hommes"
Des regrets, Robert Budzynski en a aussi. Qui n'en aurait pas en se retournant sur quarante-deux ans d'une vie ! C'est surtout de ne pas avoir réussi à installer le FC Nantes durablement dans le haut du football européen. "Il aura toujours manqué un ou deux points, résume-t-il. Le manque de potentiel financier et la prise d'un risque calculé." Notamment après les trois derniers titres. "Il fallait montrer qu'on voulait gagner la Coupe d'Europe. Si on laissait partir des joueurs, c'était pour prendre plus fort. Mais à chaque fois, il a fallu équilibrer les comptes et rebâtir quelque chose." Avec le recul, il se dit qu'il aurait dû mettre sa démission dans la balance, "mais je ne suis pas sûr que cela aurait suffit. Cela restera une frustration. Nous n'avons pas réussi à aller jusqu'au bout en 82-83 et en 94-95. Ce sont des virages que le Club n'a pas su prendre." Mais Nantes a toujours composé avec son manque de moyens, la formation prenant alors le relais de ce que l'argent permet. Aussi, aux yeux de Robert Budzynski, repousser la proposition de reprise du Club par le groupe Lagardère fût un autre tournant. "Là encore, j'aurais dû me montrer plus virulent. Lagardère avait compris ce qu'allait devenir le football."
Bud et Frédéric Da Rocha dans les bras l'un de l'autre après le maintien acquis face à Metz, en 2005
Bud et Frédéric Da Rocha dans les bras l'un
de l'autre après le maintien acquis face à Metz
Celui qui marquera pour longtemps l'histoire du Football Club de Nantes n'en reste pas moins attaché à l'aventure humaine. "Il faut à tout prix qu'il y ait un sens, assène-t-il. C'est une histoire d'hommes." Quoiqu'il en soit de son avenir, Robert Budzynski sait qu'il restera proche du football. "Si j'arrête et que je reste à Nantes, je serai à la Beaujoire où dans les tribunes de Saupin pour voir la réserve, indique-t-il. Si je continue - ce sera de toute façon pour des missions de courte durée -, je viendrai encore à la Beaujoire." Car on n'efface pas ainsi toute une vie de passion. Au revoir et merci pour tout ce que vous avez fait, monsieur Budzynski. A bientôt.  

F.C.

Robert Budzynski, en quelques lignes

Robert Budzynski en compagnie de Gadocha

A 65 ans, Robert Budzynski quitte la Maison Jaune après 42 ans de bons et loyaux services. Arrivé en 1963 en provenance de Lens, ce défenseur central athlétique sera de l'aventure de la montée en première division et des deux premiers titres, en 1965 et en 1966.
Puis, en 1970, sa carrière de joueur prématurément terminée en raison d'une double fracture tibia-péroné, "Bud" intégrera la Maison Jaune en tant que directeur sportif. Il participera alors à l'aventure des Canaris pour les six titres de champion qui suivront, les trois Coupes de France et les cent matches européens.


 
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