17 avril 2018

Adrien Thomasson : ''Un sport spectaculaire''

Coupe de France de Cécifoot

Samedi 28 et dimanche 29 avril prochain se tiendra la Coupe de France de Cécifoot à Bouaye (44). Adrien Thomasson, parrain de la compétition, a rencontré Jérôme Pénisson, joueur du Don Bosco Cécifoot à Nantes et international français en préparation pour le Mondial qui se déroulera en Espagne du 6 au 18 juin prochain. Une entrevue afin d’échanger sur l’événement lors d’une interview croisée.

Jérôme peux-tu te présenter et nous dire à quel poste tu évolues ?
Jérôme Pénisson : Je m’appelle Jérôme Pénisson, j’ai 29 ans. Je joue dans le club de Don Bosco Cécifoot à Nantes et en équipe de France. Je suis milieu de terrain en club et défenseur en sélection.

Y a-t-il deux manières différentes de jouer au football pour les valides et pour les déficients visuels ? Tu évoques notamment des différences au niveau des postes…
Jérôme Pénisson : Dans le très haut niveau, les joueurs ont des postes spécifiques mais nous on reste à un niveau amateur. Il y a des joueurs plutôt défensifs, de vrais attaquants et un joueur qui fait la transition entre les deux. Au Cécifoot, on joue à 5 contre 5 : un gardien et 4 joueurs de champ donc il y a une moins grande diversité de postes. Au niveau des règles on est plus proche du futsal.

Adrien, à quel poste évoluerais-tu dans une équipe de Cécifoot ?
Adrien Thomasson : Je pense que je serais à un poste plutôt offensif. Même si, comme au futsal, je pense qu’au Cécifoot un défenseur peut se retrouver devant. C’est un sport qui a l’air très physique, qui se joue en deux périodes de 20 minutes avec le temps qui est interrompu dès que le ballon sort. Ça fait 40 minutes de temps de jeu effectif, le match est long et il faut un bon cardio pour tenir toute la rencontre.
Jérôme Pénisson : En effet, sur le côté du terrain il y a des barrières donc le ballon sort assez rarement. Dans le jeu, on fait beaucoup de courses courtes mais rapides, beaucoup de courses fractionnées.

Le football est un sport de duel et de contact. Comment cela se passe-t-il au Cécifoot ?
Jérôme Pénisson : Il y a des contacts mais nous avons des règles spécifiques pour protéger les joueurs. On doit dire le mot « voy » qui veut dire « j’y vais » en espagnol. Les défenseurs doivent prononcer cette phrase pour se signaler au porteur de balle quand ils s’approchent, sinon il y a faute. Le but est que l’attaquant n’ait pas l’impression qu’un défenseur fantôme lui pique la balle. Cette règle est aussi faite pour éviter les chocs. Cela peut arriver parfois parce qu’on court assez vite mais il y a peu de blessures.

Adrien, c’est une règle que tu aimerais voir appliquer dans le football pour les valides ?
Adrien Thomasson : Pourquoi pas, ce serait amusant. Je pense à nos défenseurs Diego Carlos et Nicolas Pallois, s’ils devaient dire « voy voy voy » à chaque fois qu’ils arrivent… ils le diraient souvent ! Ça rend le cécifoot atypique, ça change du foot que je pratique. Mais je trouve que c’est un sport spectaculaire grâce à ce genre de règles.

Adrien est un joueur technique, est-ce que toi aussi Jérôme tu te considères comme un joueur technique ? Les buts sont plus petits, il faut être adroit avec le ballon…
Jérôme Pénisson : Pour atteindre un bon niveau, on n’a pas le choix d’être technique. On ne peut pas pousser le ballon devant et courir après. On est obligés d’avoir toujours le ballon près du pied, de le sentir. Bien sûr, on l’entend grâce aux grelots qui sont à l’intérieur mais on utilise aussi beaucoup le toucher avec le pied. On a beaucoup de toucher de balle comme pourraient le faire les joueurs les plus techniques comme Messi par exemple. Ils ont des conduites de balle proches des meilleurs joueurs de chez nous. Ils jouent avec beaucoup de touches, beaucoup de possibilités de changer de direction. Ils mettent le pied sur le ballon, peuvent s’arrêter à tout moment. Si on veut vraiment maîtriser le ballon, surtout pour les joueurs offensifs, il faut être très technique.

Adrien Thomasson : Toucher le ballon à chaque foulée c’est très difficile. Rares sont les joueurs à avoir cette particularité. Souvent ce sont les gauchers qui y arrivent le mieux. Mais ce que décrit Jérôme présente beaucoup de similitudes avec le futsal. On retrouve beaucoup de jeu avec la semelle, dans de petits périmètres, des doubles contacts avec le ballon tout le temps dans les pieds. Ça implique une maîtrise technique impressionnante.
Jérôme Pénisson : Chez nous le terrain est plus petit donc on a très rapidement l’adversaire sur nous. Sur un terrain de 100 mètres par 50, on a plus de place pour pousser le ballon…

Il faut être compétiteur pour jouer au football. Quand Adrien rentre sur le terrain, il n’est plus tout à fait le même. Est-ce que toi aussi tu es dans ta bulle, tu deviens une autre personne ?
Jérôme Pénisson : Oui c’est exactement pareil. On a un coach qui nous encourage, qui nous guide, nous donne la tactique à mettre en place et la motivation en début de match. Le Cécifoot est un sport qui demande beaucoup de concentration. Au coup de sifflet final on est fatigué physiquement mais on est aussi crevés mentalement. On a beaucoup de choses à entendre à droite à gauche : le ballon, les adversaires, le coach, le gardien, le guide… Il y a beaucoup d’informations à traiter pour éviter les chocs et être performant.


Adrien Thomasson en compagnie de Jérôme Pénisson et Anthony Heurteau, coach du Don Bosco Cécifoot depuis 2005.

Adrien Thomasson : Cette concentration, on la retrouve beaucoup moins au foot valide. Bien sûr on est conditionnés pour être concentrés sur tout un match. La différence c’est qu’on doit faire abstraction de ce qu’on entend autour du nous sauf du coach ou des partenaires. D’un point de vue mental, c’est différent. Je pense qu’on n’a pas la même fatigue. Nous, c’est plus au niveau physique.
Jérôme Pénisson : Chez nous au contraire, le public à ordre de ne pas encourager sinon il perturberait le son, notamment celui du ballon. J’ai joué des matchs avec 2000 personnes où je rentre sur le terrain avec un bandeau sur les yeux. Nous, les joueurs, on ne voit rien et on a l’impression qu’il n’y a personne. Mais dès qu’il y a un but on sent la ferveur qui monte d’un coup !
Adrien Thomasson : C’est beau ça ! C’est comme au tennis quand à la fin du point, le public crie.

La coupe de France, dans le football valide c’est une compétition à part, n’est-ce pas Adrien ?
Adrien Thomasson : Bien sûr que j’aimerais gagner la coupe de France. C’est un titre déjà et c’est une belle compétition. Tous les joueurs de football aimeraient gagner le maximum titres et la coupe de France fait partie de ceux-là.

Dans votre cas, tout se joue sur un week-end. Est-ce que la compétition a la même symbolique ?
Jérôme Pénisson : Oui, en plus cette année, on joue la compétition pratiquement à domicile. On jouera à Bouaye aux portes de Nantes. Pour nous il y a le championnat et il y a la coupe donc c’est un rendez-vous important. L’an dernier on a perdu en demi-finale aux penalties donc on aimerait bien aller plus loin cette fois-ci devant notre public.

Nantes est une vraie ville de football, vous bénéficierez forcément de l’engouement régional pour la compétition…
Adrien Thomasson : On sent à l’intérieur de la ville qu’il y a beaucoup de passionnés de football. A chaque fois qu’on joue à la Beaujoire c’est une belle ambiance et les gens viennent nombreux pour assister aux matchs : des jeunes comme des moins jeunes, c’est une belle région de football.
Jérôme Pénissier : Oui, on attend 2000 à 3000 personnes sur le week-end ! S’il y a des personnes qui connaissent des déficients visuels et malvoyants qui ont envie de retoucher le ballon ou de commencer le football, il ne faut pas qu’ils hésitent. La Coupe de France c’est aussi l’occasion de faire connaître notre sport et d’attirer de nouveaux joueurs vers notre club qui est le seul de la région du grand ouest.

Adrien, as-tu eu l’occasion de voir jouer Jérôme ?
Adrien Thomasson : Non, pas encore. Ce sera la première fois pour la Coupe de France.

Jérôme comment perçois-tu Adrien ? Qu’est-ce qu’il représente pour toi sur le terrain comme joueur de football?
Jérôme Pénisson : Moi je suis avant tout un supporter du FC Nantes depuis toujours. J’ai suivi Adrien depuis 3 ans quand il est arrivé à Nantes. Physiquement on a presque le même gabarit et on a presque le même poste. Je le trouve technique avec une bonne frappe de balle, une grande endurance, chose que j’aimerais développer davantage chez moi. C’est quelqu’un assez « box to box » à la fois offensif et défensif donc c’est un joueur qui me plaît bien sûr.

Adrien, tu viendras les encourager pendant la compétition ?
Adrien Thomasson : Avec plaisir ! Et je leur souhaite le meilleur pour la Coupe de France. J’ai beaucoup à apprendre de Jérôme au Cécifoot. J’aurai bien besoin de ses conseils si un jour, j’ai la chance de pouvoir faire un match. Il y a une rencontre qui est prévue avec les gars : ce sera l’occasion et j’espère que je serai meilleur que mes coéquipiers du vestiaire…

Par A.D. et L.R.