7 novembre 2018

L'Aigle malien

Kalifa Coulibaly

Du haut de son mètre quatre-vingt-dix-sept, Kalifa Coulibaly ne passe pas inaperçu. Pourtant, le longiligne attaquant cultive la discrétion au quotidien. Dans le dernier FC Nantes Magazine, l'international malien se raconte et exprime son désir de déployer ses ailes sous les couleurs jaune et verte, après une première saison pénalisée par les blessures.

Comment as-tu débuté dans le football ?
Je suis tombé dans le football quand j'étais tout petit. Dans mon entourage, on ne parlait que de ça ! Mon père était un ancien footballeur du Mali et mon grand-père était président de l'AS Real Bamako, le club dans lequel je jouais. Je faisais également du foot à l'école et dans mon quartier. Ma mère souhaitait que je me concentre uniquement sur les études mais j'aimais ce sport plus que tout ! C'était inconcevable d'arrêter, même si l'école est toujours passée en premier.

Que représentait le football européen pour toi ?
Au pays, on avait tous pour objectif de venir jouer en Europe et d'y signer un contrat professionnel. Nous étions baignés dans le football européen puisque le championnat de France, notamment, était retransmis à la télé malienne. Plusieurs de mes amis, avec lesquels j'évoluais en équipe nationale de jeunes, avaient déjà intégré un centre de formation en France. Ils nous racontaient leur quotidien et cela nous motivait à travailler très dur pour y parvenir, nous aussi.

Comment as-tu été détecté ?
L'agent d'un ami m'a proposé au Paris Saint-Germain pour faire un essai, parce qu'il aimait bien mon style de jeu. Quand il m'a annoncé la nouvelle, je n'y croyais tout simplement pas.Tout est devenu plus réel une fois que j'ai eu l'invitation et les billets d'avion entre les mains. Finalement, mon essai s'est très bien passé et je suis venu m'installer durablement en France.

Comment s'est passée ton intégration ?
J'avais 19 ans lorsque j'ai quitté le Mali pour rejoindre le centre de formation du PSG. C'était un vrai changement de vie ! A l'époque, ma mère était partagée entre son bonheur pour moi et la tristesse de me laisser partir aussi loin. Comme toutes les mamans, elle était inquiète de savoir comment je me débrouillerais tout seul, comment je me ferais à manger... Sa réaction m'a touché et m'a donné envie de travailler encore plus dur pour la rendre fière de moi.

Et finalement tu as tenté l'aventure dans un nouveau pays en rejoignant la Belgique...
A Paris, j'ai beaucoup joué avec l'équipe réserve même si je m'entraînais régulièrement avec le groupe professionnel. A la fin de mon contrat, je n'avais pas de perspectives à Paris et le club de Charleroi s'est montré intéressé. J'avais un ami là-bas, Neeskens Kebano, qui m'a recommandé le club parce que c'était une bonne structure. Je pense qu'il a dû bien parler de moi parce que j'y ai finalement signé mon contrat (rires). Je suis parti en Belgique où j'ai fait trois saisons pleines avec le Sporting Charleroi, puis la Gantoise.

As-tu toujours évolué au poste d'attaquant au cours de ta carrière ?
J'ai toujours été attaquant. Pour moi, marquer, c'est tout ce qui compte. La première question que l'on pose quand on apprend le résultat d'un match, c'est « qui a marqué ? ». Si à ce moment-là on dit ton nom, c'est un plaisir incomparable. Evidemment, c'est encore mieux si tu fais un beau geste...

Comment te décrirais-tu en tant qu'homme ?
Je suis quelqu'un d'assez timide. Si je dois me décrire, c'est ce que je dirais en premier. Je suis également quelqu'un de discret. Je pense que c'est une qualité dans la vie d'un footballeur. Quand tu as une image publique, il y a des choses que tu ne dois pas faire. Il faut se protéger de l'exposition médiatique. Aujourd'hui, la discrétion fait partie de ma vie.

Et en tant que footballeur ?
Je n'ai pas assez montré mes qualités depuis que je suis au FC Nantes, mais je sais qu'avec un peu de temps et du travail, je vais bien faire les choses. Je suis bon pour garder la balle et faire jouer mes coéquipiers. Je suis également un bon joueur de tête même si pour l'instant mes buts n'ont pas été inscrits de cette façon.

Y a-t-il des joueurs qui t'ont inspiré au cours de ta carrière ?
Quand j'ai commencé à jouer au foot, dans mon quartier, on me surnommait Frédéric Oumar Kanouté (attaquant international malien entre 2004 et 2010, anciennement meilleur buteur de la sélection avec 23 réalisations, ndlr). J'aimais sa façon de jouer et j'avais le même style que lui. C'était mon modèle. Tout me plaisait chez ce joueur : il était très bon techniquement, marquait des buts faciles. J'aimais également son jeu de tête.

Quelle image avais-tu du FC Nantes avant d'intégrer le club ?
J'avais beaucoup de bons échos du FC Nantes avant de venir parce que je suis ami avec Adama Niane, Ismaël Keita ou encore Sékou Traoré qui sont tous passés par ici. Ils m'ont dit beaucoup de bien du club comme de la ville. Quand j'ai reçu la proposition, j'ai foncé sans me poser de question. A mon arrivée, toutes mes bonnes impressions se sont confirmées. Il y avait une super ambiance dans le vestiaire et tout le monde m'a bien accueilli. J'ai trouvé des amis et des frères au club.

T'es-tu fixé un objectif en Ligue 1 Conforama cette saison ?
Mon seul objectif, c'est d'apprendre. La Ligue 1 Conforama est différente du championnat belge où j'ai fait l'essentiel de ma carrière en professionnel. Comme j'ai très peu joué l'année dernière à cause de ma longue blessure, je dois encore apprendre et m'adapter.
J'ai fait une bonne préparation au cours de l'été et, à présent, je suis opérationnel. Pour l'instant, nous n'avons pas beaucoup de résultats cette saison, mais mon objectif reste le même : améliorer mon jeu pour aider l'équipe et nous permettre d'avancer tous ensemble.

Tu évoques ta blessure de l'année dernière. Quelles sont les clés pour revenir en forme lorsque l'on se blesse en arrivant dans un nouveau club ?
C'est toujours délicat de se blesser en arrivant dans un club, d'autant plus qu'il y avait beaucoup d'attentes lorsque j'ai signé mon contrat. Pendant toute ma convalescence, je suis resté concentré sur mon objectif. Je savais que je reviendrais tôt ou tard, à force de travail. Ce qui m'a aidé, c'est d'avoir le soutien du coach Ranieri mais surtout celui du groupe. Ma famille et mes amis étaient également derrière moi. Toutes ces marques d'affection m'ont donné envie de me battre pour revenir vite. J'étais davantage concentré sur ma guérison que sur la blessure elle-même.

Le club a vécu une période difficile avec un changement d'entraîneur récemment...
Un changement d'entraîneur est toujours délicat à vivre. Tout se passe bien pour moi sportivement, donc je me focalise sur le respect des consignes du coach Halilhodzic pour m'adapter plus vite. L'équipe doit se concentrer sur les matches qui se présentent, essayer de décrocher la victoire et laisser le travail réalisé se mettre en place au fil du temps.

T'es-tu fixé des objectifs avec les Aigles du Mali ?
Je voudrais décrocher un trophée avec l'équipe nationale du Mali. La Coupe d'Afrique des Nations manque à notre palmarès. Notre génération actuelle est bourrée de talents : il y a peut-être une opportunité de ramener la CAN 2019 au pays. Pour l'instant, nous avons disputé quatre rencontres dans les éliminatoires et nous sommes premiers de notre groupe. Nous pouvons nous qualifier dès la trêve de novembre si nous battons le Gabon. Il faudra aller le plus loin possible.

Qu'aimes-tu faire à Nantes quand tu n'es pas sur les terrains ?
Le plus souvent, je me fais discret et je reste chez moi. Mais dès que je sors, je suis en centre-ville, place du Bouffay. J'aime m'y promener et m'arrêter pour prendre un verre quand il fait beau. C'est l'endroit où je préfère passer du temps.

Tu ne dois pas passer inaperçu lorsque tu sors...
C'est vrai que j'ai un physique qui se repère facilement ! Quand je sors, je porte souvent une casquette. Cela me permet de rester incognito quelques minutes mais ça ne dure jamais bien longtemps. Je suis tellement grand que je ne passe pas inaperçu auprès des supporters.

Quelle relation entretiens-tu avec eux ?
Je trouve les supporters formidables ! Quand tu viens à la Beaujoire et que tu les vois s'investir en tribune, tu as forcément envie de tout donner pour eux.

Par L.R.