Musée des canaris Blason

12 mai 2021

P. Aristouy : ''La chance de côtoyer l’excellence''

La huitième étoile

Après avoir fait ses débuts dans l’élite la saison précédente, Pierre Aristouy, formé dans les rangs de la Maison Jaune, poursuit son apprentissage en tant que professionnel au cœur du groupe champion de France lors de la saison 2000-2001. Aujourd’hui entraîneur de la réserve jaune et verte, le technicien nantais (41 ans) revient sur un exercice qui aura marqué sa carrière. Entretien.

Pierre, dans quel état d’esprit abordes-tu cette nouvelle saison avec l’effectif professionnel ?

Pierre ARISTOUY : "Je suis un jeune joueur dans cet effectif, heureux d’être là avec ce groupe. Je n’ai pas la sensation que la saison précédente fut vécue comme un réel traumatisme. Évidemment, il y a eu ce soulagement avec le dénouement au Havre (0-1, 34ème et dernière journée). À la reprise de l’entraînement pour attaquer cette nouvelle saison, tout le monde est prêt à aller de l’avant."

Te souviens-tu des objectifs fixés par le coach Denoueix en cette nouvelle saison ?

"À cette époque, les objectifs étaient surtout liés au jeu. Je n’ai pas souvenir d’avoir pu entendre un objectif sur un classement en particulier. Raynald Denoueix aimait rappeler que "le résultat, c’était souvent la conséquence". L’idée, c’était le jeu et de mettre des choses en place sur le terrain."

En quoi ce stage de pré-saison en Autriche a-t-il été si bénéfique pour l’équipe lors de cette saison ?

"Déjà, le lieu réunissait beaucoup d’éléments positifs et agréables pour pouvoir bien travailler. Et puis il y avait peut-être aussi une forme d’accoutumance à cet endroit avec des repères pris lors des saisons précédentes. En général, quinze jours de stage c’est long, c’est dur mais je crois que c’était un peu compensé par le plaisir qu’on prenait à partir là-bas, tous ensemble."

Quel bilan dresses-tu de la première partie de saison, avec on le voit, des résultats en dents de scie ?

"Oui, il y du bien, du très bien même avec un match incroyable à Monaco (2-5, 2ème journée). Il y a aussi une déroute contre Bordeaux à la maison (0-5, 6ème journée). Mais il y a surtout des choses qui se mettent en place et parfois, ça demande un peu de temps. Il ne faut pas avoir peur de passer à côté comme ce fut le cas face aux Girondins chez nous. Mais on sent qu’il y a des repères qui reviennent, avec beaucoup d’habitudes de jeu entre les joueurs. On peut s’apercevoir des prémices de quelque chose qui va fonctionner."

Selon toi, à quel moment la bascule s’effectue en votre faveur ?

"Difficile à dire, sincèrement. Je n’ai pas le moment clé, le moment en particulier mais je pense que c’est une continuité dans le travail. Alors oui, il y a cette fin de saison où l’on sent très bien qu’il ne peut pas nous arriver grand-chose. L’équipe est très forte collectivement et ça se sent dès qu’on rentre sur le terrain. Ce qu’il se passe sur les dix derniers matches, on le sent venir."

Comment se passe la semaine avant ce rendez-vous de la 33ème journée face à l’AS Saint-Étienne, un match pour le titre et d’où vis-tu cette rencontre ?

"On va dire que j’étais moins impliqué le week-end avec l’équipe. Alors oui, peut-être que les joueurs majeurs de cette équipe ressentent cette semaine de travail différemment mais à titre personnel, je n’ai pas la sensation qu’elle soit totalement différente. Le match en lui-même, je le vis depuis les tribunes. Comme toujours, dans les tribunes, on le vit certainement avec un peu plus de stress que ceux qui sont sur le terrain. Par contre, on participe tous ensemble à la délivrance et à la fête."

Comment perçois-tu cette marée humaine qui déferle sur la pelouse de La Beaujoire ?

"C’est vrai que ça remue un peu, oui (sourire). C’est quelque chose d’impressionnant. J’étais un peu en hauteur et j’ai pu voir tout le monde arriver vers le tunnel. On se rend compte après coup de l’évènement et de cette foule qui s’amasse, qui chante, qui célèbre. Ça fait toujours le même effet, vingt ans après !"

Comment se passe la suite dans les vestiaires ?

"C’est de la folie ! Ça perdure même toute la soirée et personnellement, j’ai un souvenir plus global de la soirée qui suit, du lendemain ici avec toutes les télévisions présentes ici. Il faut dire qu’à cette période, après les Coupes de France remportées notamment, on avait presque l’habitude des moments comme celui-ci. C’était presque devenu une habitude de célébrer des titres (il sourit). Mais bien sûr que ce sacre était incroyable."

Remporter un titre à La Beaujoire, est-ce que c’est si particulier ?

"Bien sûr que sur l’instant, sur le moment, c’est mieux. Le célébrer avec tous les supporters c’est forcément incroyable mais ce qui reste, c’est le titre. Qu’on le concrétise à l’extérieur ou à la maison on n’attend qu’une seule chose : mettre la main sur le titre."

Sur le plan personnel, quel Ă©tait ton ressenti avec le coach Denoueix ?

"Comme tout le monde, j’ai le plus grand des respects et beaucoup de considération pour tout ce qu’il m’a apporté. Sur le moment, je suis un jeune joueur et je le connais depuis longtemps car je l’ai eu aussi avec la réserve. Je vois surtout l’exigence qu’il a auprès des jeunes. C’est dur. Mais après coup, on se remémore tout ce qu’il faisait pour nous, ses discours, sa cohérence. Un grand respect, vraiment."

Sur cette saison, quel match aimerais-tu retenir en particulier, peut-être parce que tu as été plus impliqué notamment ?

"Avec les professionnels, oui, j’ai souvenir cette saison-là d’un match en Coupe d’Europe face à Budapest. On se souvient essentiellement de ça lorsqu’on a un rôle important. Quand c’est moins le cas, on se remémore surtout une globalité. J’ai notamment le souvenir d’être avec des potes du centre de formation et la réussite qu’on a pu avoir à travers ça, avec le groupe professionnel."

En quoi cette année a-t-elle été importante pour la suite de ta carrière ?

"J’ai beaucoup appris. J’ai surtout toujours considéré que j’avais eu la chance de côtoyer l’excellence. Cette excellence est incroyable, appréciable. Quand on suit sa carrière et qu’on évolue ailleurs, on s’en rend encore plus compte. Sur le plan collectif, sur le plan humain, il y avait cette notion de partage et cette compréhension mutuelle de ce qu’il pouvait se faire. C’est très difficile de retrouver ça. C’est très rare même."

Quelle Ă©tait la principale force du groupe ?

"Je n’apprendrais rien à personne si je parlais du collectif. Je crois que c’est Mickaël Landreau qui disait que cette équipe était peut-être la moins talentueuse de toutes les générations qui ont été championnes de France au FC Nantes. S’il le dit, c’est qu’il a bien intégré tout ça et on peut lui faire confiance de par son expérience. Ça ne fait qu’appuyer la théorie que le groupe était fort. Après, à l’intérieur de ça, il y avait des joueurs majeurs qui font gagner des matches. On n’est pas Champion de France sans avoir des joueurs importants."

La transition est parfaite. Quel est selon toi, le joueur qui est malgré tout sorti du lot au cours de cette saison ?

"Avant de te donner ce joueur, je vais évoquer cette colonne vertébrale de l’équipe, qui est un peu le baromètre. Elle existait, elle était là avec Landreau, Fabbri, Carrière et Moldovan, il y avait cet axe dominateur. Après, ma sensibilité par rapport au jeu me fait dire qu’Éric Carrière était un joueur extraordinaire. Parce qu’il sentait tout, bonifiait le collectif et en quelque sorte, c’était l’huile du moteur."

Aujourd’hui, en tant qu’entraîneur, qu’éducateur au FC Nantes, te sers-tu de ce que tu as pu apprendre ici lorsque tu y évoluais comme joueur ?

"Oui, c’est évident. Je suis arrivé à l’âge de 14 ans pour partir à mes 24 ans. J’ai passé dix années ou j’ai pu me construire à travers tout ce que j’ai vécu ici. Toutes ces notions de partage, de mouvement, de liens, d’association sont marquantes. Aujourd’hui je m’en sers parce que c’est devenu naturel. Je ne me force pas à le faire."

Vingt ans après ce titre, es-tu fier du chemin parcouru ?

"J’étais déjà très fier lorsque je suis arrivé ici en tant qu’adolescent. Je l’étais encore plus ou peut-être au moins autant, avec des émotions différentes, lorsque je suis revenu il y a quatre ans comme éducateur. Je serai toujours fier d’avoir joué et de travaillé maintenant pour ce grand Club. Peu importe les évènements, le FC Nantes est une très grande partie de ma vie, une grande partie des influences que j’ai pu avoir par la suite. Objectivement, ça reste un élément important du patrimoine footballistique français."

Pour finir, as-tu souvenir d’une petite anecdote au cours de cette saison historique ?

"Je vais retenir le terrain et ce que j’ai pu apprendre avec Nestor Fabbri par exemple. C’était un défenseur argentin très rugueux, très expérimenté avec notamment une Coupe du Monde disputée. De par ma position et mon statut dans le groupe, j’étais souvent confronté à lui la semaine. J’avais 20 ans et j’étais très souvent confronté à lui et à chaque fois, c’était très dur. Une souffrance même (rire). Déjà de par son niveau et puis son côté rugueux, toujours impliqué. Sur le moment ce n’est pas facile mais j’ai appris avec lui et je pense que ça m’a forgé un mental un peu plus féroce que je n’avais pas à l’origine."

×