''Le FC Nantes, ma famille française''

Jean-Jacques Pierre

Passé dans les rangs du FC Nantes entre 2005 et 2011, Jean-Jacques Pierre (39 ans) a pris part à 156 rencontres sous le maillot jaune et vert et compte près de 300 matches en professionnel. L'ancien défenseur et capitaine nantais a accepté de revenir ses années à la Maison Jaune, d'évoquer son confinement et bien sûr, de parler de son quotidien ! Entretien.

Bonjour Jean-Jacques, comment toi et tes proches allez-vous ?

Jean-Jacques PIERRE : "Très bien, merci. Peu de personnes s'attendaient à vivre une telle situation mais je suis quelqu'un d'optimiste, alors je ne me plains pas. Je me suis adapté, tout en respectant les gestes barrières.
Il a fallu s'adapter et se plier aux règles, notamment pour l'activité physique. J'ai également pu profiter davantage de ma famille, reconsidérer certaines choses qui sont essentielles et qui parfois, nous échappent."

Que deviens-tu aujourd'hui, 9 ans après ton passage au FC Nantes ?

"Lors de mes deux dernières saisons en tant que professionnel, au Paris FC (2015-2017), j'ai quelque peu perdu goût au métier. Durant ma deuxième saison, je me suis naturellement lancé dans la formation. Il ne suffit pas d'avoir été footballeur professionnel pour affirmer qu'on puisse devenir entraîneur ou éducateur. Je me suis ensuite dirigé vers l'US Granville (N2) en 2017, où j'ai passé mon BEF (Brevet d'Entraîneur de Football). Je jouais également mais c'est devenu compliqué de jumeler la semaine de foot, plus ma formation. Je me suis occupé des U14-U15 et j'ai vraiment pris goût au coaching. Je suis rentré chez moi à Caen et je me suis engagé comme bénévole à La MOS (Maladrerie Omni Sports). Je pensais avoir un peu plus de temps pour moi mais j'étais très actif et impliqué, en étant avec les U19 et responsable de la post-formation. Durant cette année, j'ai pu passer un CQPP (Certificat de Qualification en Préparation Physique). Je voulais avoir la théorie nécessaire pour accompagner mes joueurs et les aider à développer les capacités nécessaires à leur niveau. Ensuite, j'ai également obtenu un Certificat d’Entraîneur - Optimisation de la Performance. Il s'agit de mettre en avant une dominante mentale pour amener le joueur à avoir une implication très forte, lors d'une séance par exemple, avec un contexte particulier.
Aujourd'hui, je suis entraîneur-adjoint à l'Avant Garde Caennaise (N3) et je suis aussi en charge de la préparation physique et du suivi des joueurs. J'aime ça car il faut prendre en compte la journée de travail des garçons et tout faire pour qu'ils soient focalisés sur leur séance d'entraînement et le match le week-end."

Le FC Nantes a marqué le début de ton aventure sur le sol français. Te souviens-tu de ton arrivée dans l'Hexagone en 2005 ?

"Oui, je m'en souviens très bien. Je suis arrivé dans une famille et non pas dans un Club. C'est encore ce que je ressens aujourd'hui. À travers les relations entretenues par le passé et que je peux encore entretenir avec des personnes du Club, je dirais que le FC Nantes c'est une famille.
À mes débuts ici, l'équipe fonctionnait en partie avec son centre de formation et je suis arrivé sur la fin de la génération Landreau, Toulalan, Da Rocha, Quint. J'ai vraiment été bien accueilli et j'ai su profiter de toute l'expérience de ces joueurs. C'était exceptionnel pour moi de rejoindre un Club de l'envergure du FC Nantes. Aujourd'hui, je me réjouis de voir que le Club se stabilise dans l'élite du football français ! Je reste toujours un fan et je pense encore beaucoup au public nantais."

Tu as disputé près de 160 matches sous la tunique nantaise. Ce n'est pas donné à tout le monde…

"Chaque match était différent, important et encore une chance supplémentaire de prouver qu'on avait le cœur jaune et vert sous ce maillot. Je ne suis pas parfait et j'aurais aimé en faire beaucoup plus. Je suis ravi d'avoir fait tout ce que j'ai pu faire ici mais j'aurais pu faire mieux, j'aurais dû faire mieux (il sourit). Ce qui est passé est passé et aujourd'hui, je suis toujours très fier de dire que j'ai eu l'honneur de revêtir ce maillot."

À ton départ, avais-tu le sentiment du devoir accompli ?

"J'avais quand même un goût d'inachevé. J'ai été le capitaine de l'équipe, de cette famille, ma famille française. Aujourd'hui, j'en parle encore mais j'avais envie de rester au Club. Des décisions ont été prises et on doit les accepter. Il faut aussi comprendre pourquoi. Six années, c'est déjà pas mal même si oui, j'aurais aimé faire plus."

Quel regard portes-tu sur ta carrière ?

"Si c'était à refaire, je la referais mais en mieux ! Je suis arrivé du Club Atlético Peñarol en Uruguay et j'ai dû moi-même négocier mon contrat à Nantes. J'avais de la chance de par mes origines haïtiennes, de pouvoir comprendre et parler français et j'ai pu rapidement rentré dans le groupe. Mais dans la vie de tous les jours, pour gérer les choses du quotidien, seul, ce n'était pas évident."

Que penses-tu du FC Nantes d'aujourd'hui ?

"Depuis deux saisons, j'aime beaucoup la confiance accordée aux jeunes du centre de formation. Le FC Nantes, dans son passé, avec les résultats écrits et le football développé, s'appuyait beaucoup sur son centre. Ça permettait également au Club de générer de l'argent sur les transferts. C'est bénéfique pour tout le monde et c'est essentiel d'avoir cette stabilité sportive. À chaque fois que je descends sur Nantes et qu'il y a un match, j'ai toujours la possibilité d'aller au Stade et c'est toujours un vrai plaisir."

As-tu un dernier mot Ă  adresser aux supporters nantais ?

"Je ne les remercierai jamais assez pour tout ce qu'ils ont ont fait pour moi. J'ai encore toujours la chance d'en croiser et quelques mots permettent de se replonger dans le passé. J'espère qu'ils continueront à soutenir leur équipe mais sur ça, je suis confiant parce que c'est un public très fidèle !"

Par M.G