12 mai 2021

S. Ziani : ''Le sentiment que c’était le bon soir''

La huitième étoile

Aujourd’hui entraîneur des U19 Nationaux du FC Nantes, Stéphane Ziani (49 ans), revient sur cette saison 2000-2001 conclue par un 8ème titre de Champion de France pour le Club des bords de l’Erdre, son premier sous le maillot nantais, le deuxième de sa carrière. Le milieu de terrain, de retour à Nantes, son club formateur, met notamment en avant la force collective que dégageait ce groupe entré dans l’Histoire. Interview.

Stéphane, après avoir quitté le FC Nantes en 1994, tu es de retour ici, au FC Nantes. Dans quel état d’esprit étais-tu au début de cette saison 2000-2001 ?

Stéphane ZIANI : "J’étais prêté par les Girondins de Bordeaux lors de ce retour à Nantes. J’avais connu une saison compliquée avec des blessures. Revenir ici, c’était un choix du cœur, forcément. J’avais 28 ans, je savais que le FC Nantes cherchait un milieu de terrain. J’étais dans l’optique de jouer. Sincèrement, les planètes étaient alignées. J’ai eu l’occasion de retrouver Raynald Denoueix et mon histoire avec le FC Nantes n’était pas terminée."

Quel était l’objectif fixé à l’entame de la saison ?

"Je n’ai pas souvenir d’un objectif sportif particulier. Nous étions plus sur des objectifs de jeu, de comportement, d’attitude. Mais ça ressemble complètement à ce qu’est Raynald Denoueix. Il ne nous a jamais mis la pression sur le résultat. Comme il aimait le rappeler, il voyait plus "le résultat comme la conséquence de ce qui a pu être mis en place". Après, bien évidemment que lorsque l’on attaque la saison, on a cette envie de faire du mieux possible, surtout après la saison passée ou l’équipe s’était maintenue dans les derniers instants du championnat. Ça avait marqué. Malgré sa jeune moyenne d’âge, le groupe était mature et on a très vite senti que tout le monde avait retenu la leçon, tout en emmagasinant beaucoup d’expérience en si peu de temps."

Le Club avait l’habitude d’effectuer des stages estivaux intensifs en Autriche. En quoi étaient-ils si bénéfiques ?

"Les stages d’avant-saison, c’est là où tout se construit. C’est important pour la cohésion, pour le travail, de ne pas se louper. C’est aussi l’occasion pour les nouveaux arrivants de s’intégrer au groupe. On prend aussi le temps de bien comprendre ce que souhaite le coach, avec une grosse préparation athlétique. Souvent, la préparation sera le reflet de la saison. Les forces et les faiblesses sont percevables assez rapidement.
L’idée de partir en Autriche, c’était notamment pour être loin de la France et se retrouver ensemble, de créer une unité. Le cadre était exceptionnel et le Club nous offrait des conditions idéales. Là-bas, on travaillait très dur mais l’hôtel, le lieu, étaient favorables à la cohésion. Il y avait aussi des moments hors football où on pouvait profiter. Il y en a qui en ont bien profité (rires). Mais c’est là qu’on construit une saison."

Sur la première partie de saison, le parcours n’est pas parfait, avec du bien, du très bien mais aussi du moins bien…

"Oui, c’est vrai. Malgré tout, le groupe se construit. Il y avait pas mal de jeunes dans cet effectif. Certains avaient encore le souvenir de l’an passé avec une gestion émotionnelle fragile. Et puis, un peu à l’image de ce qu’était ce groupe, on n’a rien dans la facilité et je trouve que notre première partie de saison est un peu la construction de notre titre aussi. Dans la douleur, dans le travail, avec cet aspect besogneux. Et puis surtout, de la résilience aussi parce qu’on restait focus sur nos objectifs de jeu."

Quel est le tournant de la saison selon toi ?

"J’ai le souvenir d’un bon match à Bordeaux, avec une victoire là-bas (0-2, 22ème journée). C’était un signe fort. Et puis il y a ce match sur la pelouse de Troyes, bien plus tard (32ème journée, 0-1). On fait une partie un peu laborieuse, on est malmené mais on reste solide et efficace. Le groupe est jeune mais il a de l’expérience. C’était paradoxal."

La semaine suivante, Nantes joue le titre à la maison. Quel était le sentiment général avant cette rencontre ?

"On avait le sentiment que c’était le bon soir dans le sens où il ne fallait pas louper cette occasion. Une nouvelle fois, malgré la jeunesse du groupe, il y avait pas mal d’expérience. La saison d’avant, l’équipe avait montré qu’elle était là et solide mentalement dans les moments plus difficiles. En Coupe de France, ils avaient su gagner des matches à élimination directe où il faut être prêt à l’instant T. Malgré tout, les jeunes avaient ça en eux. À titre personnel, j’avais vécu ça à Lens (1998) donc ça m’a aidé à gérer l'évènement. Et puis là encore, on a eu la chance d’avoir un coach qui nous laissait dans les objectifs du match avec l’essentiel qui était : "comment faire pour gagner ?", au-delà de ce qu’il pouvait se passer si on s’imposait."

Le coup de sifflet final libère finalement l’équipe qui s’impose devant l’AS Saint-Étienne (1-0). Quelle est ta première réaction ?

"J’avais vécu un premier envahissement du terrain avec Lens et je m’étais toujours dit : "plus jamais !". C’était super mais un envahissement avec cette foule qui court sur toi, tu ne peux plus respirer ! D’abord, j’ai voulu savourer les dernières secondes parce que j’ai compris qu’on allait décrocher le titre. Et puis il y a eu une explosion en moi, c’était très fort, pour plein de raisons. Mais par contre, j’ai toujours gardé à l'esprit l’idée de me rapprocher des vestiaires tout en étant en train de jouer, en me disant que si l’arbitre mettait un terme à la rencontre, il fallait que je cours plus vite que d’habitude (il sourit)."

La fête s’est poursuivie sur le podium de La Beaujoire puis dans les vestiaires...

"Là, tu marches sur l’eau. C’est exceptionnel. Surtout qu’on a conscience de la saison qu’on vient de vivre. On a souffert, on a fait beaucoup d’efforts. Ce titre de Champion de France a été construit avec un entraineur, un staff, un groupe, le club. On avait envie de le partager. À l’image de ce qu’est le FC Nantes où on ne pense pas qu’à soi. Sur ces moments, on est un peu débile. C’est fort et on joue au foot pour vivre de tels instants."

Remporter le titre à La Beaujoire, c’était la cerise sur le gâteau ?

"En tant que Nantais, forcément qu’à titre personnel, c’est très fort. J’ai commencé au Club à l’âge de 8 ans, en étant fan du FC Nantes. Mes souvenirs d’enfant ? La Coupe de France avec Henri Michel, les différents titres du Club, tous les grands joueurs passés ici… Et d’un seul coup, avec beaucoup d’humilité, on se retrouve là, avec ces grands joueurs. Je me suis senti fier de faire partie de tout ça avec ce titre. Ma génération avait été championne de France en 1995 et j’étais ravi pour eux mais j’étais passé à côté. Je suis donc revenu ici, avec le coach qui m’a formé et ce titre à la clé. Je ne pouvais pas rêver mieux."

En quoi Raynald Denoueix t’a-t-il aidé dans ta progression ?

"C’est le coach qui m’a construit, mon formateur, quelqu’un qu’on respectait énormément. De grandes compétences, d’une grande honnêteté intellectuelle, de grandes valeurs humaines, beaucoup d’exigence mais toujours dans la bienveillance. Il était un peu à l’image des valeurs du FC Nantes : il ne faisait pas ça pour lui mais il était au service du Club. Des personnes comme lui, on n’en rencontre pas dix mille comme ça dans une vie. Encore plus dans le sport. Pour moi, c’est quelqu’un de très important et je le respecte énormément."

Qu’est-ce que cette saison t’a apporté dans ta carrière ?

"Des rêves de gosse qui se réalisent. Il n’y avait pas l’envie de s’arrêter après ça mais il y avait de la fierté. Fier de faire partie de l’Histoire du FC Nantes. Après, on redescend vite sur terre parce qu’il y a la Ligue des Champions dès la saison suivante. Il y avait cette envie que ça dure parce qu’on est que de passage. L’idée, c’est de vivre l’instant présent. Alors oui c’était plus compliqué l’année d’après avec la Ligue des Champions, il y avait de l’euphorie dans le Club, dans la ville. C’était super positif."

Quelle Ă©tait selon toi, la force principale de ce groupe ?

"Je pense que c’était le bon équilibre. Ce groupe représentait parfaitement l’ADN du Club avec beaucoup de jeunes joueurs formés ici, avec déjà de l’expérience avec des Coupes de France remportées et des maintiens accrochés en fin de saison. À cela, on ajoute 3, 4 joueurs qui arrivent avec un peu plus d’expérience et tout de suite, c’est complémentaire. On ajoute également un entraîneur qui est garant de tout ça, avec des compétences et qui connaît bien la maison… C’est un ensemble. Et puis lorsque toutes les planètes sont alignées, tu as le droit de rêver."

Ce groupe, c’était un collectif mais un joueur t’a-t-il plus impressionné qu’un autre de par ses prestations ?

"Oui, Éric (Carrière). Et je pense que tout le monde, à l’unanimité, a salué sa saison. Il a fait une saison fantastique. On l’avait vu les années précédentes mais là, il était arrivé à maturité en devenant le guide de l’équipe. Il a fait preuve d’une très grande efficacité même dans le cœur de l’équipe. On s’est tous mis au diapason pour lui laisser la responsabilité du jeu. Il a su le rendre à l’équipe avec une saison assez exceptionnelle."

En tant qu’éducateur, formateur aujourd’hui, te sers-tu de certains principes vus cette saison-là notamment ?

"Oui, bien sûr. Certains pourraient penser que je suis un doux rêveur, un passéiste mais aujourd’hui, je pense qu’on peut toujours être un Club différent. Ce dernier s’est construit en osant, en sortant du copier-coller. Oui, le FC Nantes peut rester à part, avec une vraie identité et des joueurs formés ici. Je suis évidemment très attaché à ça et je pense que c’est aussi ce qui donne de la force au collectif. Je suis certain que Raynald Denoueix ou encore Coco Suaudeau seraient aujourd’hui encore des entraîneurs à la page. Ils n’ont rien à envier et à l’époque, étaient même en avance. Le jeu à la nantaise pourrait encore être au goût du jour."

Vingt ans après, es-tu fier du chemin accompli sportivement, humainement ?

"Je pars du principe qu’on est tous au service du FC Nantes. Je suis fier, encore une fois, de porter ces couleurs aujourd’hui. C’est mon Club mais je suis "au service de". On se doit tous d’être « au service de ». Mais bien sûr que je suis fier de tout ce qui a été fait. Je ne suis pas le propriétaire mais il y a 40 ans, je signais ma première licence ici. Forcément qu’il y a un attachement."

Pour conclure, as-tu une anecdote particulière à nous raconter sur cette saison 2000-2001 ?

"Des anecdotes, il y en a plein, oui. Alors c’est paradoxal par rapport à ce que pouvait être ce groupe, sérieux, qui bossait et qui ne laissait rien au hasard mais sur le dernier match à Lens après avoir décroché le titre, on était en mise au vert mais plutôt près du bar que dans nos chambres. Il y en a certains qui ont veillé très tard et n’ont pas bu que de l’eau pétillante (il sourit). Mais pour autant, le lendemain, tout est fluide dans notre jeu. Avec à la clé cette victoire 4-1 en ayant peut-être fait la pire préparation d’un match ! Mais il y avait tellement de plaisir de partager quelque chose ensemble. Là, on était focus sur le plaisir de jouer ensemble. Je me souviens très bien de tout ça et pour le coup, j’avoue, on n’avait pas été professionnel (rires)."

Par M.G & J.J


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