Éloigné des terrains ces dernières semaines, le milieu nantais se confie avec sincérité. De sa convalescence à Clairefontaine à son rôle dans le vestiaire, en passant par son amour du maillot et ses études, Louis Leroux raconte un parcours fait de patience, d’exigence et de passion.
Comment vas-tu et comment s’est passée ta convalescence, notamment à Clairefontaine ?
Je vais très bien. Après avoir commencé ma rééducation au club, je suis parti à Clairefontaine pour changer d’air et découvrir une autre façon de travailler. Le staff médical des deux côtés a travaillé ensemble pour construire mon programme. Là -bas, tu vis dans une petite chambre, ambiance “colonie”, au milieu d’arbitres, de jeunes entraîneurs et de plein d’équipes en stage. Je logeais dans le bâtiment des Espoirs (sourire). De voir tout ce monde travailler chacun pour ses objectifs perso, c’est hyper stimulant de ton côté et ça te donne aussi envie de te dépasser.
Qu’est-ce que cette pause t’a appris ?
Elle m’a fait prendre du recul et réaliser à quel point être sur le terrain est une chance. J’ai découvert de nouvelles routines, plus de prévention, plus de rigueur. Et j’ai aussi pu profiter de week-ends en famille, aller au stade en supporter… Ça faisait longtemps. En réalité, tu vois des choses depuis les tribunes que tu ne vois pas forcément depuis le terrain. Je pense que ça m’a fait grandir sur ma vision du jeu.
Tu dois ĂŞtre impatient de revenir ?
Oui, regarder l’équipe aller au combat et ne pas pouvoir l’aider, c’est le plus compliqué. C’est frustrant d’être impuissant. Mais j’essaie d’être présent au quotidien, de parler avec les gars et de donner mon point de vue extérieur. Aujourd’hui, je me sens bien. Normalement, si tout est bon, je devrais revenir après la trêve, pour Marseille.
Qu’est-ce qui manque à l’équipe en ce moment ?
Parfois, ça se joue à rien. On travaille bien, mais des fois un petit détail nous fait basculer du mauvais côté. On l’a vu contre Lens, Lorient, Le Havre ou encore Monaco. On sait qu’on n’est pas là où l’on voudrait et devrait être. Car on bosse dur pour changer les choses. On n’est pas forcément récompensés de notre investissement sur le terrain. Les planètes ne sont pas alignées, mais toutes les équipes passent par là . On voit des concurrents faire des résultats, donc on se dit : “Pourquoi pas nous ? Ça viendra aussi.” L’important, c’est de ne jamais lâcher. Croire en nos qualités et, à force, cela va payer.
Tu es inquiet ?
Un peu, forcément. On est humains. Mais on sait qu’on peut faire mieux, donc on reste confiants.
« Il faut être bon, pas juste “moyen partout”. »
Dans le vestiaire, quelle est ta place ?
Même jeune, je suis là depuis longtemps. Beaucoup sont partis cet été, donc je suis un peu le “jeune ancien”. J’essaie d’aider les nouveaux, de parler quand il faut. J’en discute aussi avec les cadres, Kelvin (Amian), Anthony (Lopes). J’ai l’amour du maillot, alors je le fais naturellement, tout en gardant ma place et mon rôle.
Et sur le terrain ? Quel est ton rĂ´le justement ?
Donner le maximum. Je suis très fier à chaque fois que je peux être aligné dans le 11, donc j’essaie de me donner à fond dans tout ce que je peux apporter. Je pense que dans le football aujourd’hui, il n’y a pas de super-héros (il s’arrête). Bon, à part Messi et Ronaldo bien sûr, mais on ne boxe pas dans la même catégorie ! (rire) Aujourd’hui, le plus important, c’est de mouiller le maillot, d’aider mes coéquipiers et de répondre aux attentes du staff et des supporters.
Tu es polyvalent, comment tu le vis ?
C’est un atout. Mais il faut ĂŞtre bon, pas juste “moyen partout”. On parle avec le staff pour trouver oĂą je suis le plus utile. Mais oui, c’est important pour moi de pouvoir jouer Ă plusieurs postes. Comme ça, je peux m’adapter plus facilement Ă la tactique mise en place par le coach et Ă celle de l’adversaire. J’ai plus de cordes Ă mon arc, donc c'est toujours agrĂ©able (rire).Â
Et toi, ton poste préféré ?
Le milieu. Depuis que je fais du foot, j’ai joué à tous les postes. Mais au milieu, c’est là où je suis depuis le plus longtemps, où j’ai le plus d’automatismes. Mais si je dois jouer à gauche pour aider l’équipe, je le fais avec plaisir. Et qui sait ? Peut-être que je ferai une grande carrière en tant que latéral !
Tu continues tes études alors que tu es aujourd’hui joueur professionnel, pourquoi ?
Je prépare un BTS Gestion de PME. C’était important pour moi de garder un rythme et de penser à l’après-carrière, car dans le football tout peut s’arrêter très vite. Les études me permettent de garder les pieds sur terre, même si ce n’est pas toujours simple d’aller en cours après l’entraînement ou la sieste. Je passe mon examen dans six mois. Une vie de footballeur, c’est court. Après, il faudra continuer une autre vie active, la même que mes parents et mes proches.
Tes inspirations ?
Mes premiers modèles : Messi et la MSN. C’est le Barça des années 2010 qui m’a donné envie de jouer au foot. C’était incroyable. Aujourd’hui, c’est surtout ma famille. Mes parents m’ont toujours soutenu et ne m’ont jamais mis la pression pour que je fasse carrière dans le football. Grâce à eux, j’ai un réel équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Et c’est pour ça que je rentre souvent me ressourcer auprès d’eux. Je ne suis pas une star, simplement “Louis Leroux” tel que je l’ai toujours été, et ça me fait du bien.
« Petit, j’aurais été fou de croiser un joueur pro dans la rue. »
Tes objectifs cette saison ?
Se maintenir, tout donner, sans me fixer de limites. Jouer à la Beaujoire a déjà été un rêve.
Tu arrives encore Ă passer incognito Ă Nantes ?
Oui, ça va ! Je fais mes achats de Noël tranquille. Mais j’adore quand un supporter m’arrête. Petit, j’aurais été fou de croiser un joueur pro dans la rue (rire). Donc ça me fait kiffer de pouvoir jouer le jeu aujourd’hui.

Tu ne pensais pas finir pro étant enfant, quel est ton message pour les jeunes ?
Croyez en vous, profitez, travaillez. C’est bien de rêver de vouloir être footballeur, mais il ne faut pas que cela soit une idée fixe non plus. Pas de pression inutile, surtout venant des parents. Les “Mbappé Project” (il souffle)… Il faut que tout le monde reste à sa place. C’est bien d’accompagner son gamin au stade, mais il faut respecter les coachs, les arbitres, les autres enfants et les autres parents. Le plaisir avant tout ! Surtout quand on est gamin, en primaire ou au collège. Cela se fera ensuite naturellement. J’ai toujours été surclassé, mais je ne me suis jamais dit que j’allais être pro. C’est vers 16-17 ans que cela est devenu un peu plus concret. Tu te dis que si tu bosses bien, tu peux intégrer potentiellement l’équipe première. Mais c’est tout, ça n’allait pas plus loin (rire). Et puis, même si on y arrive, rien n’est acquis, même pour moi aujourd’hui.
Comment tu te détends ?
Je suis un passionné de sport. J’adore le regarder à la TV (Roland-Garros, Jeux Olympiques…). Sinon, je joue à la console avec mon frère et mes potes. Je fais aussi beaucoup de jeux de société en famille ou même ici avec les gars. On se régale avec Skyjo, Seven Wonders. Alexis (Mirbach) m’a fait découvrir Catane, j’adore ! Par contre, je reste très mauvais perdant ! C’est le défaut de tous les sportifs de haut niveau : la gagne avant tout (rire).
Et Noël ?
Je reste ici pour continuer ma rééducation, je ne pars pas en vacances. Je vais voir mes proches. Je passe le 24 avec la famille de ma mère et le 25 avec celle de mon père. Franchement, c’est très cliché, mais c’est tranquille, j’adore. On mange bien, on fait des jeux… Je profite, sans excès. Je ne bois pas et je fais attention. Mais vu la quantité de sport que je fais chaque jour, je me dis qu’un chocolat ou deux, ça passe !
Par J.D














