05 septembre 2026

Le coach s’exprime avant le début de saison

Féminines

Arrivé à la tête du groupe en juin dernier, Pierre-Alain Picard a vécu ses premiers mois à la Jonelière avec un tout nouveau projet à construire. À l’heure d’entrer dans une nouvelle étape, il revient sur ces premières semaines, l’évolution du collectif et ses ambitions avec les Canaries.

Quel est le sentiment qui ressort après ces deux premiers mois ?
Il y a un peu d’impatience avec la compétition qui reprend, il y a un bon sentiment puisque ce qu’on met en place depuis le début est en train de prendre, que ce soit à l'entraînement ou au quotidien, donc cela favorise la performance et les résultats. Ce n’est pas encore de la satisfaction car l’idée est toujours de faire mieux et de s’améliorer. Mais par contre c’est un sentiment où on se sent avancé, on sent que le travail est fait avec qualité. Donc pour moi et pour le staff c’est important. Là où je suis vraiment surpris c’est la qualité d’adaptation des joueuses. Il y en a beaucoup qui découvrent la France et un nouvel environnement et elles répondent de manière vraiment positive.

Quel était l’objectif principal de cette pré-saison ?
Il y en avait plusieurs, mais le premier, c’était d’apprendre à se découvrir, de créer une première cohésion de groupe. Le deuxième objectif c’était de créer une équipe, de les faire jouer ensemble, on n’avait pas trop de doute sur la qualité des joueuses. On a conscience que ça demande du temps, ça ne s’obtient pas en une préparation de six semaines mais on avance bien.

Quel regard portes-tu sur l’état d’esprit du vestiaire à la veille de cette saison ?
Je les sens un peu comme moi, impatientes de démarrer, pour beaucoup de découvrir quelque chose de nouveau. Après je pense qu’elles ont accumulé une certaine confiance qui est liée au résultat de la semaine dernière, mais surtout à ce qu’elles peuvent être capables de faire dans le jeu, que ce soit dans l’animation défensive, mais également dans l’utilisation du ballon. Et puis elles ont conscience qu’il faudra aussi de la patience et qu’on aura des périodes d’irrégularité dans la performance.

Après une reconstruction quasi totale de l’effectif lors de ce mercato, comment parvient-on à créer des automatismes et une identité collective ?
Il y a un travail sur le terrain pour créer des automatismes, mais il y a aussi tout ce qui est en dehors. Par exemple avec le stage qui a été un élément important de la préparation. Sur le terrain, on donne au départ un cadre de jeu qui est un peu plus restreint et qui va s’ouvrir par la suite pour qu’elles puissent aussi exprimer leur créativité, leur capacité à entreprendre des choses. L’idée était de créer un cadre avec un projet qui est clairement identifié, que ce soit un projet de vie, mais aussi un projet de jeu.

Tu retrouves 4 joueuses de ton ancien club aujourd’hui à Nantes, en quoi est-ce un avantage de travailler avec celles que tu connais déjà ?
Pour plusieurs critères, c’est un avantage de les avoir ici. D’abord pour leur fiabilité puis leurs capacités à s'ouvrir aux autres. Il y a aussi une fiabilité sur la partie athlétique. Ce sont des joueuses qui ont été très peu blessées sur les deux dernières saisons. C’est aussi de bonnes joueuses qui connaissent le championnat. Au quotidien, même pour moi dans le fonctionnement c’est plus simple, elles savent déjà ce que je veux et ce que j’attends.

Tu as un effectif avec une moyenne d’âge de 23 ans environ, quel rôle accordes-tu aux cadres et à l’expérience dans la construction de ce groupe ?
En effet, on a un effectif très jeune. On a aussi des joueuses un petit peu plus âgées, mais qui vont découvrir un nouveau pays et un nouveau championnat. Malgré tout, il y a beaucoup de jeunes joueuses qui ont une vraie expérience, que ce soit sur le plan international ou qui jouaient dans des championnats de qualité. Et pour les anciennes, elles ont un rôle hyper important dans l’accompagnement, dans l’intégration, dans la transmission des valeurs du club.

Tu as déjà joué 2 matchs officiels en Coupe de la Ligue, quels enseignements en as-tu tiré ?
Les enseignements qu’on pouvait attendre, c’est-à-dire qu’on est une équipe jeune. Après je suis plutôt satisfait de ce qu’on a fait dans l’utilisation du ballon, en tout cas dans les intentions. Même si on doit encore progresser dans le jeu sans ballon pour qu’il y ait plus de mouvement, qu’on joue plus vite. C’est notre vraie marge de progression. Malgré tout depuis le début on a une certaine forme d’efficacité, on a marqué plusieurs fois, un élément qui est important. Et aussi que ce soit sur l’ensemble des matchs de préparation et des premiers matchs officiels, on dégage une certaine solidité défensive, on concède peu de situations. Donc ça c’est intéressant et c’est ce qu’on pouvait attendre.

Tu seras opposé à un véritable défi en ce mois de septembre, comment abordes-tu ce démarrage face à 3 grosses équipes du top 4 ?
Aujourd’hui, les trois premiers adversaires, c’est des adversaires qui ont des moyens bien plus conséquents que les nôtres. Et nous on va se battre avec nos armes pour leur poser des problèmes. Clairement, nous l’objectif ça va être d’exister, de les faire déjouer avec notre identité et notre projet de jeu. On s’attend à ce que ce soit compliqué, sans en faire non plus une montagne. Je pense que les joueuses et même moi en tant qu’entraîneur on fait ce métier-là pour se confronter à ces situations et à ces adversaires. La particularité c’est l’enchaînement des trois où l’importance du contenu des matchs sera prioritaire parce qu’on va pouvoir construire là-dessus. Le résultat n'est jamais secondaire parce qu’on est là pour gagner les matchs, mais on a quand même conscience qu’on va jouer des équipes qui ont de grosses ambitions, que ce soit sur la scène européenne ou sur la scène du championnat national.

Maintenant on va parler un peu de toi et ta méthode de travail, à quoi penses-tu pour préparer une bonne séance ?
La première chose, c’est la notion d’intensité. Aujourd’hui, je préfère fonctionner avec des séances peut-être de durée un petit peu plus courte, mais que ce soit des séances qui soient très rythmées et dynamiques. L’idée c’est de se rapprocher clairement de l’intensité qu’on a en match sur chaque séance. Le deuxième élément c’est la notion de plaisir parce que c’est quand même plus intéressant de travailler avec des sourires. Et puis après la troisième chose c’est ce que j’appelle moi le phénomène de répétition. L’objectif est de créer des situations et des problématiques, durant la semaine, que les joueuses vont rencontrer et être confrontées le week-end. Je souhaite faciliter leur capacité à s’adapter et à donner la meilleure réponse possible sur le terrain.

Qu’est-ce que tu observes en priorité ?
Je veux qu’elles donnent tout le temps la meilleure version d’elles-mêmes. On a une chance aussi de faire un métier qui est quand même souvent lié à notre passion. On est des privilégiés et on se doit de s’investir et surtout de mettre une intensité qui est importante parce que c’est ce que demande l’exigence du championnat de France. On va se tromper et on a le droit, mais je préfère toujours quand on se trompe en essayant d’aller vite et à une grosse intensité que quand on se trompe en faisant la moitié. L’intensité, elle est importante parce que ça sera une arme aussi pour pouvoir lutter contre les adversaires supposés meilleurs que nous.

Quelle place donnes-tu à la vidéo et aux échanges individuels ?
C’est une place qui est aujourd’hui très importante et primordiale dans notre fonctionnement et dans le système de performance qu’on a mis en place. On a des retours collectifs sous différentes formes tous les jours, que ce soit des retours de match ou des présentations de l’adversaire. Les échanges individuels, c’est hyper important parce que ça permet d’exposer des problématiques ou à l’inverse des choses qu’elles font bien. C’est important de comprendre aussi comment les joueuses fonctionnent et réagissent. Il y a un ressenti qui est en plus des fois vraiment différent quand on est derrière l’écran. Les interactions qu’on peut avoir avec la joueuse sur leur choix et comment elles interprètent telle ou telle situation, pour nous c’est hyper important et ça nous permet de gagner en temps et en efficacité.

Comment te sens-tu personnellement dans ce groupe aujourd’hui ?
Je me sens bien, j’ai été déjà très bien accueilli par les gens du club. C’est vraiment agréable et c’est une fierté d’être aujourd’hui ici. Avec le groupe, j’ai la particularité d’avoir été beaucoup impliqué dans le recrutement. Donc d’avoir eu des rapports très tôt avec les joueuses et d’essayer de sentir pourquoi elles voulaient rejoindre le projet. Aujourd’hui il n’y a pas de joueuses qui sont là par défaut. Quand c’est des gens qu’on a choisi c’est aussi plus facile. J’espère avoir réussi à construire un groupe de joueuses auquel je m’identifie et qui sont dans des valeurs de générosité, de travail et d’exigence. Donc tout est réuni pour passer des bons moments, pour avoir des bons résultats et faire la plus belle saison possible.

Par E.L.


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